|
- Hassan Chami plaide pour que Bruxelles
n'oublie pas la Méditerranée
- Déclaration sur le Proche-Orient
- Conséquences économiques
éventuelles des événements du 11 septembre 2001
- Nouveau Site - Casino du Liban
- Point de presse du ministère des
Affaires étrangères français
Hassan Chami plaide pour que Bruxelles n'oublie pas la Méditerranée
Le président de l'Union Méditerranéenne des confédérations
d'entreprises veut préparer ses mandants au libre-échange.
|
|
Parce que la compétence est reconnue dans le monde patronal international,
Hassan Chami, "patron des patrons" marocain, a été porté
le 28 février 2002, à Istambul, à la présidence de
l'Union Méditerranéenne des Confédérations d'Entreprises
(UMCE), dont le siège est à Tunis. Cet organisme tout neuf est chargé
de préparer les économies des douze pays du sud de la Méditerranée
à la création d'une zone de libre-échange avec l'Union Européenne
(UE) d'ici 2010. Un vaste chantier qui n'effraie pas ce spécialiste des
travaux publics.
Dans la foulée de l'indépendance de son pays, cet ingénieur
diplômé à l'Ecole Nationale des Ponts et Chaussées
de Paris avait une carrière toute tracée. Dans un premier temps,
il semble la suivre et gravit les marches du pouvoir. En 1961, il est ingénieur
chef de l'arrondissement des travaux publics de Meknès et, en 1970, il
est nommé ministre des travaux publics et des communications. Mais il n'a
jamais voulu devenir fonctionnaire et a conservé le statut de contractuel.
Et il démissionne de son poste de ministre, parce qu'il juge dépassée
la formule des gouvernements de technocrates.
En 1976, il crée une entreprise de génie civil et diversifie ses
activités dans la céramique industrielle, la filature, le tissage.
Comme il a gardé le goût du militantisme de ses années de
jeunesse où il fréquentait des formations de gauche, il prend des
responsabilités dans des organisations professionnelles jusqu'à
être élu, en 2000, président de la Confédération
Générale des entreprises du Maroc (CGEM).
Le voilà chargé aujourd'hui de guider les premiers pas de l'UMCE
et de faire la preuve de son utilité. "Les économies protégées
que nous sommes vont prendre de plein fouet le choc de la création de la
zone de libre-échange avec l'Europe, explique-t-il. C'est sur nos
entreprises que l'on compte pour réussir la 'prospérité partagée'
que nous voulons tous. Mais, pour cela, il faut que nos entreprises participent
à l'élaboration de nouvelles règles du jeu. Nous n'aurons
bientôt plus de prtections, nous devons sortir du schéma traditionnel,
où l'administration décidait de tout. Notre premier objectif est
de persuader les fonctionnaires de nos pays et les Européens de la nécessité
d'un partenariat avec nous, chefs d'entreprise."
Le deuxième objectif de l'UMCE est d'amorcer un marché commun
entre les pays du Sud de la Méditerranée : Algérie, Chypre,
Egypte, Jordanie, Israël, Liban, Malte, Maroc, Autorité Palestinienne,
Syrie, Tunisie et Turquie. "Nos marchés sont trop petits affirme-t-il.
Avant de commencer avec l'Europe, il est nécessaire que nous commercions
entre nous, ce qui veut dire faire évoluer les mentalités de nos
pays qui ont des difficultés à échanger entre eux."
Sans parler des difficultés à faire discuter les Israëliens
et Arabes... Hassan Chami, qui a manifesté à Rabat contre la répression
du gouvernement Sharon dans les territoires occupés souhaite que "l'économique
permette de dépasser les conflits politiques."
Troisième objectif : persuader les Quinze d'être aussi sensibles
au Sud qu'à l'Est. "Nous avons accepté bien plus qu'une
zone de libre-échange, s'exclame t-il. Nous nous sommes engagés
dans un choix de société fondée sur la démocratie
et les droits de l'homme. Les Européens ne se rendent pas compte du bouleversement
que cela représente pour nous. La démocratie ne peut se construire
sur la misère. Et si l'on ne veut pas déstabiliser gravement nos
sociétés traditionnelles, il faut que l'UE fasse le même
effort que pour l'Espagne ou la Grèce. Nous avons besoin de fonds structurels
qui permettent de construire des infrastructures - une autoroute transméditerranéenne
par exemple - pour faciliter les échanger, créer des emplois et
réduire l'émigration."
Avec son vice-président, le Libanais Jacques Sarraf, M. Chami a rendu
visite, le 23 mai, au Président de la Commission, M. Romano Prodi,
pour lui exprimer cette urgence, car il ne reste plus que huit ans pour rapprocher
le Sud du Nord.
Quelqu'un est plutôt optimiste sur la bonne fin de cette aventure : c'est
François Périgot, ancien Président du CNPF français
et président d'honneur de l'Unice, qui regroupe les patronats européens.
Il a aidé à la naissance de l'UMCE, tant il croit vital de réduire
le fossé entre les deux rives de la Méditerranée. Il ne doute
pas de son efficacité :"Ce ne sont pa des patronats manchots !,
s'exclame t-il. Ils ont une longueur d'avance sur leurs gouvernements et n'ont
plus besoin d'eux pour dialoguer avec Bruxelles."
Hassan Chami a commencé à plaider la cause dans les réunions
de ministres de l'Union tenues pendant la présidence espagnole à
Tolède, Malaga et Valence. Il faudra quelques mois pour savoir s'il a été
entendu.
08 Juillet, 2002
Alain Faujas
Le Monde ed. Proche-Orient.
|