La Syrie promet de retirer toutes ses troupes
| L'envoyé spécial de l'ONU, Terje Roed-Larsen, a annoncé samedi, à l'issue d'une rencontre avec le président syrien, Bachar el-Assad à Alep, au nord de la Syrie, la décision de Damas de retirer toutes ses troupes du Liban conformément à un calendrier à établir prochainement. Les États-Unis ont salué hier cet engagement de la Syrie tout en indiquant qu'ils allaient continuer de faire pression sur Damas pour que cette promesse se concrétise. |
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«Il y a objectivement des éléments positifs. Il est positif que la Syrie commence à retirer ses forces du Liban, pas seulement à la frontière», a déclaré le secrétaire d'État Condoleezza Rice. Dans le même temps, les manifestations se sont poursuivies à Beyrouth, à la fois pour et contre la présence syrienne.
Un drapeau syrien peint à même le mur d'un immeuble décati avec, en dessous, une inscription à la gloire de la «Syrie d'Assad». Le siège des services de renseignement syriens a pignon sur rue à Zahlé, la principale ville de la plaine de la Békaa. Le bâtiment est collé à celui de la gendarmerie nationale libanaise. Flagrante, la dichotomie du pouvoir est, depuis des années, une donnée essentielle de la vie des habitants.
Mgr André Haddad, l'archevêque grec-catholique, a souvent recours aux services syriens, quand les autorités libanaises ne sont pas assez efficaces à son goût : «Je leur demande depuis douze jours de récupérer une chrétienne mineure épousée par un musulman contre la volonté de sa famille. Si je m'adressais au commandant syrien, l'affaire serait réglée en deux heures». Un élan patriotique l'empêche pourtant de céder à son pragmatisme habituel : le départ des Syriens est désormais une quasi-certitude, le président Bachar el-Assad s'y est officiellement engagé en recevant, samedi à Alep, l'émissaire spécial de l'ONU, Terje Roed-Larsen.
Zahlé s'était résolue à accepter l'ordre syrien afin de rétablir la sécurité et la stabilité. La ville aux 120 000 chrétiens, dans une Békaa sous influence syrienne, estime avoir «payé suffisamment cher» l'affrontement avec Damas. «Depuis 1984, nous avons conclu un accord avec les Syriens pour que Zahlé soit considérée comme une ville ouverte, une ville de paix», explique Mgr Haddad. C'est dans cette enclave chrétienne que le chef des phalangistes, Béchir Gemayel, avait choisi, fin 1980, d'engager l'épreuve de force avec la Syrie afin de s'imposer comme le principal seigneur de guerre maronite. Zahlé a été soumise à un siège de six mois et des bombardements urbains particulièrement violents avant qu'une médiation saoudienne ne trouve une issue à la crise. Plus tard, Mgr Haddad a été lui-même victime du bras de fer entre chrétiens favorables ou opposés à la Syrie : «Le toit de l'archevêché s'est effondré sur nous, alors que je recevais Elie Hobeika. Par miracle, personne n'est mort.»
La charge de 20 kilos d'explosifs avait été posée sur ordre du chef des Forces libanaises, Samir Geagea, qui voulait éliminer son rival fraîchement rallié à la Syrie. A l'image du Liban tout entier, Zahlé a acheté sa tranquillité en échange de son asservissement politique. «Dans la Békaa, les choses sont claires, aucune liste électorale ne se constitue sans l'accord des Syriens», explique l'archevêque. «Pour qu'une nouvelle classe politique prenne la relève, il faudra que ces derniers se retirent totalement, avant les élections législatives.»
Pour le moment, Damas entretient le flou à propos du calendrier de son retrait définitif, même si l'émissaire de l'ONU a promis «davantage de détails» à ce sujet, à son retour à New York, cette semaine. Si l'armée syrienne a retiré ses troupes du Mont-Liban et du Nord du pays, les services de renseignement n'ont toujours pas quitté ces régions, tandis que l'essentiel du contingent est désormais concentré dans la Békaa. Cette plaine, qui longe le territoire libanais du nord au sud et relie l'hinterland syrien au Mont-Liban, est un élément clé du dispositif politique de Damas au pays du Cèdre. Sur les 71 députés prosyriens qui ont voté la semaine dernière la reconduction d'Omar Karamé au poste de premier ministre, malgré sa démission dix jours auparavant, sous la pression de l'opposition, 21 sont des élus de la Békaa.
Samedi, les militaires syriens vaquaient normalement à leurs occupations, dans les nombreuses positions qu'ils occupent le long de la route principale reliant Zahlé à Baalbeck, le bastion du Hezbollah. Une caserne syrienne est installée à l'entrée même de la ville, à quelques centaines de mètres du temple du Soleil, magnifique relique de l'époque où les Romains avaient fait d'Héliopolis un centre important de leur empire oriental. «Ils ne nous dérangent pas», dit Ibrahim, un commerçant qui ne cache pas ses amitiés pour le Hezbollah.
Le parti islamiste est le principal allié de la Syrie au Liban. Lors des dernières élections municipales, Damas l'a laissé étaler toute sa force dans la ville, sans l'obliger à un accommodement avec l'autre parti chiite pro-syrien, Amal. Mais rien ne garantit que le Hezbollah, aussi fort soit-il à Baalbeck, réussira lors des prochaines législatives à imposer aussi massivement une liste entièrement dévouée à Damas, sans l'appoint des services syriens. D'où l'insistance de l'opposition pour un retrait total avant le scrutin.
Dans le café Internet de Haret Solh, le quartier sunnite de la ville majoritairement chiite, les jeunes partisans du premier ministre assassiné, Rafic Hariri, piaffent d'impatience. «Depuis que ce quartier s'est opposé à leur entrée dans la ville, au début des années 1980, les Syriens bloquent notre accès à tous les postes importants, que ce soit officier dans l'armée libanaise ou député», dit Hamza Solh, un étudiant en première année de pharmacie. «Nous voulons qu'ils partent pour faire entendre notre voix.»
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Beyrouth,13Mars2005 Rédaction Le Figaro
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