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La Syrie poursuit son retrait du Liban

L'armée syrienne a poursuivi vendredi son retrait du Liban en évacuant ses positions dans le nord du pays mais, à Beyrouth, la crise politique se prolonge au point de jeter le doute sur la tenue d'élections législatives prévues en mai.

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Pour la première fois depuis leur entrée en force au Liban en 1976, les soldats syriens ont évacué leurs positions et bases dans le nord du Liban pour être rapatriés par convois entiers, rapportent témoins et sources proches des services de sécurité.

Des milliers d'hommes et des centaines de véhicules ont été aperçus franchissant la frontière entre jeudi soir et vendredi à midi. Ce retrait ne concerne pas encore le QG des services de renseignement à Tripoli, mais son évacuation serait prévu dans les prochaines 24 heures.

Dans la région de Beyrouth, où il avait été entamé dès mardi en vertu de l'accord conclu en début de semaine entre le chef de l'Etat syrien Bachar Assad et son homologue libanais Emile Lahoud, le repli militaire syrien s'est également poursuivi vendredi.

On ignore combien de militaires syriens ont été rapatriés aux termes de la première phase du retrait convenu entre les deux présidents et combien se replieront simplement dans la région frontalière orientale de la Bekaa, avant de regagner eux aussi leur pays dans le cadre de la seconde phase, dont le calendrier reste à fixer.

ASSAD RECOIT DEMAIN L'EMISSAIRE DE L'ONU

La moitié des 14.000 soldats syriens toujours présents au Liban, 15 ans après la guerre civile qui avait justifié leur intervention, sont concernés par cette première phase, qui s'achève en principe le 31 mars. La plupart d'entre eux sont censés rentrer directement au pays, a annoncé jeudi le ministre libanais de la Défense, Abdelrahim Mrad.

L'émissaire de l'Onu dans la région, Terje Roed-Larsen, devait être reçu samedi à Damas par le président Assad pour obtenir des éclaircissements à ce sujet. Le diplomate norvégien a l'intention de réclamer un calendrier précis pour le retrait définitif de toutes les forces syriennes réclamé par le Conseil de sécurité de l'Onu.

Road-Larsen, qui se trouvait à Amman vendredi et sera à Beyrouth dimanche, a dit attendre de Damas "des engagements et des échéanciers en vue de la mise oeuvre intégrale de la résolution 1559" adoptée le 2 septembre par le Conseil de sécurité à l'instigation de Paris et Washington.

A Beyrouth, pendant ce temps, la crise politique se prolonge.

L'opposition anti-syrienne, dont le poids politique supposé a été brutalement relativisé par la manifestation monstre organisée jeudi à Beyrouth en faveur de Damas, se montre sourde à l'offre de participer à un gouvernement d'union nationale sous l'égide d'Omar Karamé.

Celui-ci, qui avait démissionné le 28 février sous la pression des manifestations de l'opposition anti-syrienne mais a été reconduit aux affaires jeudi par le président Lahoud après avoir été plébiscité par la majorité pro-syrienne du Parlement, a tendu la main à l'opposition dans la perspective des élections législatives de mai.

L'OPPOSITION LIBANAISE INTRANSIGEANTE

Mais pour entrer au gouvernement, l'opposition exige maintenant qu'aucun ministre ne soit candidat au scrutin à venir, en sus de ses autres revendications: retrait total de la Syrie, démission des responsables de la sécurité libanaise et enquête internationale sur l'assassinat le 14 février de Rafic Hariri, le prédécesseur de Karamé qui s'était dressé contre la mainmise syrienne.

En visite à Moscou, le dirigeant druze Walid Djoumblatt, qui a joué un rôle-clé pour étendre le courant politique anti-syrien au-delà de la communauté maronite, a estimé que la reconduction de Karamé était "décevante et de nature à approfondir la crise".

Les élections de mai "ne seront démocratiques et libres que si le retrait des troupes et forces spéciales syriennes est achevé", a déclaré Djoumblatt aux journalistes, en demandant aux observateurs internationaux de superviser le scrutin.

Un groupe de députés chrétiens maronites ont pour leur part affirmé que le maintien de Karamé à la tête du gouvernement "illustre l'insistance de la Syrie pour maintenir sa tutelle politique" sur le pays.

A Paris, où il vit en exil depuis l'échec de sa révolte avortée contre la tutelle syrienne, en 1991, le général Michel Aoun, ancien Premier ministre chrétien, a reçu plusieurs autres députés de "l'opposition plurielle", qui ont réaffirmé leurs exigences et appelé à poursuivre pacifiquement "l'intifada de l'indépendance".

Dans les milieux politiques libanais pro-syriens, on fait valoir que le refus de l'opposition de participer à un cabinet d'unité nationale conduirait à un vide politique et, donc, à "un gouvernement de crise excluant la tenue des élections prévues.

Karamé entamera lundi des consultations avec les divers dirigeants religieux et politiques en vue de former un nouveau gouvernement. Le précédent était dominé par des ministres favorables à la Syrie.

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Beyrouth,12Mars2005
Rédaction
AP