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Omar Karamé revient, l’opposition tonne

La nomination, dix jours après sa démission, de ce sunnite, au poste de premier ministre, est qualifiée de « défi » par des opposants.

La nomination d’Omar Karamé au poste de premier ministre, dix jours après sa démission, n’est pas vraiment une surprise. Depuis plusieurs jours son nom circulait avec insistance.

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La majorité des députés libanais l’ont proposé au président, Émile Lahoud, et celui-ci l’a reconduit dans ses fonctions, ainsi que le veut la Constitution. Âgé de soixante-sept ans, sunnite comme le veut la répartition confessionnelle des postes au pouvoir (le président de la République est maronite, et le président du Parlement, chiite), Omar Karamé a immédiatement invité l’opposition libanaise à rejoindre un gouvernement d’union nationale qui constituerait, selon lui, le seul moyen de sauver le Liban. « Si jamais l’on tardait, a-t-il dit, à répondre à cette - invitation, ce serait un pas vers la destruction. » Le retour de Karamé marque la volonté des loyalistes de montrer leur détermination politique, détermination renforcée par la manifestation organisée par le Hezbollah, mardi, qui a - rassemblé plus d’un demi-million de personnes.

Si certains y voient une provocation à l’égard de l’opposition, d’autres font remarquer que ladite opposition n’a pas proposé de nom, se contentant d’une participation formelle aux consultations et se bornant à présenter une liste de revendications au chef de - l’État. Celles-ci portent principalement sur l’accueil dcommission internationale pour enquêter sur l’assassinat de Rafic Hariri, la démission des responsables de la sécurité libanaise et la fixation d’une date pour le retrait total de l’armée syrienne. Selon toute vraisemblance, l’opposition ne devrait pas participer au gouvernement, même si le nouveau premier ministre a déclaré vouloir continuer à « leur tendre la main et à les attendre (...). Notre principal souci n’est pas de former un gouvernement, mais de sauver le pays ».

De fait, plus que la nomination de Karamé, la désignation des ministres sera un véritable test. Par exemple, les ministres de la Justice et de l’Intérieur de l’ancien cabinet, largement conspués par les manifestants qui défilaient dans les rues de Beyrouth après l’assassinat de Hariri, seront-ils reconduits dans leurs fonctions ? Élias Atallah, responsable de la Gauche démocratique, qui participe à l’opposition, estime que le retour de Karamé est un « défi pour l’opinion en général, une provocation. Karamé ne reviendra peut-être pas avec le même visage mais avec le même programme. Derrière cette décision, on voit la force des services de renseignements. Le système sécuritaire que les Syriens ont créé au - Liban doit être démantelé, sans cela il est impossible de gouverner, les ministres ne sont que des marionnettes ».

La nomination d’Omar Karamé va-t-elle sonner le glas du dialogue interlibanais pourtant réclamé par toutes les parties ? Difficile à dire, mais personne ne semble vouloir vraiment prendre la responsabilité d’une rupture. « Aujourd’hui le Liban est politiquement très divisé. Les appels à la raison ne sont pas entendus sous les cris des manifestants de tout bord, loyalistes et opposants », écrit pourtant Faisal Salman dans le quotidien As-Safir. Alors que les troupes syriennes poursuivent leur redéploiement qui, selon certains officiels, devrait sceller le retrait total des troupes avant le mois de mai, plusieurs questions affleurent maintenant, dont la place du Hezbollah dans la société et sur la scène politique.

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Beyrouth,11Mars2005
Rédaction
L'Humanité