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Liban : la Syrie fait un pas vers la sortie

A Damas, les présidents syriens et libanais ont examiné les modalités du repli vers la Békaa, d'ici «fin mars»

A Beyrouth, les manifestants réclament la vérité sur l'assassinat, il y a trois semaines, de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri

Un convoi militaire syrien, composé de neuf camions et de deux jeeps, a été aperçu lundi après-midi sur la route de montagne Beyrouth-Damas, se dirigeant vers la plaine libanaise de la Békaa, à l'est du pays, où se trouve la plupart des 14.000 militaires syriens présents au Liban. Ce mouvement de troupes -ou de matériel- pourrait être la première phase d'un redéploiement des forces syriennes au Liban, qui concerne entre 4.000 et 5.000 soldats stationnés à l'ouest du massif du Mont-Liban, le gros des troupes se trouvant déja dans la plaine de la Békaa.

Dans le même temps, le président syrien, Bachar Al-Assad, et le président libanais, Emile Lahoud, examinaient à Damas (Syrie), dans le cadre du haut-conseil syro-libanais, les modalités d'un repli des troupes syriennes au Liban, première phase d'un retrait de ces forces, alors que les Etats-Unis maintiennent la pression sur Damas pour que leur départ soit effectif et rapide. A l'issue de la réunion, le texte publié par les deux parties affirme que «le conseil (syro-libanais) a décidé (...) du retrait des positions des troupes arabes syriennes au Liban dans la région de la Békaa (...) avant la fin du mois de mars 2005». Sans évoquer le retrait total du Liban –encore réclamé lundi par l'Allemagne et la France lors d'une rencontre entre le chancelier Gerhard Schroeder et le président Jacques Chirac–, le communiqué souligne que «la commission militaire commune est chargée d'élaborer dans un délai d'un mois suivant la date du retrait des forces syriennes dans la Békaa un accord (...) déterminant la taille et la durée du maintien des forces restantes». Les deux parties affirment également respecter «toutes les résolutions frappées de la légitimité internationale, y compris la résolution 1559» du Conseil de sécurité de l'ONU.

Il n'est cependant pas précisé si les deux chefs d'Etat ont évoqué les services de renseignements syriens au Liban, dont le retrait est également exigé par l'opposition libanaise et les pays occidentaux tels que les Etats-Unis et la France. Selon certains analystes occidentaux, il est effectivement possible de vérifier un retrait militaire syrien mais il sera en revanche très difficile de vérifier celui des services de renseignements syriens dont la présence peut prendre des formes multiples. Lundi après-midi, la Maison Blanche indiquait qu'elle souhaitait «de l'action et non des mots» de la Syrie concernant son retrait du Liban.

A Beyrouth lundi, 21e jour de l'assassinat de l'ancien Premier ministre, Rafic Hariri, près de 150.000 manifestants selon la police (200.000 selon les organisateurs) étaient rassemblés sur la place des Martyrs. La manifestation était convoquée à l'appel de l'opposition, pour réclamer la vérité sur l'attentat qui a couté la vie, le 14 février dernier, à Hariri. Les services syriens avaient immédiatement été mis en cause par l'opposition au régime pro-syrien du président Emile Lahoud. L'opposition a cependant accueilli favorablement l'appel de la formation chiite pro-iranienne Hezbollah, par la voix de son chef Hassan Nasrallah, à préserver la paix civile et le dialogue national. Elle avait appelé ses partisans à respecter les slogans unitaires et à éviter les provocations lors de ce rassemblement. Le communiqué de l'opposition affirme également que «les Libanais n'ont pas à choisir entre une souveraineté syrienne et une autre israélienne ou étrangère sur leur pays». «Leur choix est de récupérer leur souveraineté nationale, loin de toute tutelle», insiste le texte.

Cheikh Nasrallah a de son côté appelé à une manifestation pacifique, mardi au centre de Beyrouth, destinée «à dénoncer les ingérences étrangères ainsi que la résolution 1559 du Conseil de sécurité de l'ONU». Le texte, adopté le 2 septembre 2004, exige un retrait immédiat et total des troupes syriennes au Liban et la dissolution des milices libanaises et non libanaises (palestiniennes), visant ainsi le Hezbollah, seul mouvement libanais à disposer encore d'un bras armé. Une trentaine de groupes pro-syriens ont également appelé à cette manifestation sur la place de l'Etoile, dans le centre de Beyrouth.

Paris,07Mars2005
Redaction
Liberation