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Les dirigeants arabes veulent que Damas règle le dossier libanais

Les responsables saoudiens et égyptiens multiplient les contacts avec le président syrien Bachar Al-Assad pour qu'il rapatrie ses troupes. Ils veulent lui ménager une porte de sortie, alors qu'Américains et Français accentuent leurs pressions pour obtenir de la Syrie un retrait complet.

L'affaire libanaise donne lieu à un chassé-croisé diplomatique arabe. L'assassinat de l'ancien premier ministre libanais Rafic Hariri et le mouvement populaire et politique antisyrien n'ont pas laissé les gouvernements arabes indifférents. Le ton est visiblement à l'incitation de Damas à retirer ses forces du Liban, tout en lui ménageant une porte de sortie, alors qu'Américains et Français poursuivent leurs pressions sur la Syrie.

Ainsi, après avoir reçu, mercredi 2 mars à Damas, l'émir du Qatar, le cheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani, le président syrien, Bachar Al-Assad, se déplaçait jeudi à Riyad pour une visite éclair, consécutive à un entretien téléphonique la veille avec le prince héritier et régent saoudien, l'émir Abdallah Ben Abdel Aziz. De son côté, le président égyptien, Hosni Moubarak, devrait se rendre dans les prochains jours à Damas.

Fait inhabituel dans le monde arabe, dont les dirigeants craignent plus que tous les mouvements de foule protestataires, l'émir du Qatar a rendu hommage au soulèvement libanais. "Je pense que les peuples arabes saluent le peuple libanais qui a réussi à renverser un gouvernement, a-t-il dit, la veille de son départ pour Damas. Ils saluent également le gouvernement qui a accepté de démissionner dans l'intérêt du peuple." Très proche des Etats-Unis, l'émir, qui a introduit des réformes dans son pays et qui juge "douloureuse et inquiétante" la situation au Liban, pourrait avoir tenté de convaincre le président syrien, Bachar Al-Assad, de la nécessité d'évacuer le Liban.

Le chef de l'Etat syrien a pour sa part dépêché son ministre des affaires étrangères, Farouk Al-Chareh au Caire et à Riyad. Ici et là, M. Al-Chareh a répété que la Syrie est disposée à appliquer les accords de Taëf, qui prévoient son retrait en deux temps du Liban. Mais les dirigeants saoudiens ont également demandé non seulement au gouvernement libanais mais aussi à la Syrie des éclaircissements sur l'assassinat de Rafic Hariri, qui détenait la nationalité saoudienne et était proche de la famille régnante.

L'Egypte, qui avait dépêché à Damas quelques jours après l'attentat le chef des services de renseignement Omar Souleiman, cherche, selon son ministre des affaires étrangères, Ahmed Abou Al-Ghaïth, à convaincre la Syrie de régler le problème libanais le plus rapidement possible. Pour Le Caire, Damas doit respecter la résolution 1559 adoptée en septembre 2004 par le Conseil de sécurité de l'ONU et qui exige son retrait immédiat du Liban. Selon M. Abou Al-Ghaïth, cela suppose une implication de l'ONU. Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, considère pour sa part qu'il n'y a pas de contradiction entre cette résolution et les accords de Taëf. A ses yeux, la solution de la crise libanaise passe donc par l'application de ces accords.

Jeudi 3 mars, l'affaire libanaise devait être abordée lors d'une session régulière du conseil des ministres des affaires étrangères de la Ligue arabe, au Caire. Et ce en dépit de l'absence des deux principaux ministres concernés : le Libanais, à cause de la crise, et le Syrien, qui accompagne son président en Arabie saoudite.

Aux Etats-Unis, l'administration Bush a encore accentué, mercredi, la pression sur Damas. Dans sa première réaction depuis la chute du gouvernement libanais, le président Bush a repris à son compte l'appel lancé la veille par sa secrétaire d'Etat Condoleezza Rice, en compagnie de Michel Barnier. Il a dit "applaudir" à la conférence de presse conjointe tenue à Londres par les ministres, où "tous les deux ont dit avec force et clarté à la Syrie : sortez vos troupes et vos services secrets du Liban, qu'une bonne démocratie ait des chances de se développer". Il a ajouté qu'à ses yeux, au Proche-Orient, "la liberté est en marche. Non pas la liberté de l'Amérique, mais la liberté universelle". Et, a-t-il ajouté, "le monde parle d'une seule voix dès lors qu'il s'agit de s'assurer que la démocratie a des chances de s'installer au Liban et dans tout le Proche-Orient".

Condoleezza Rice a de nouveau tenu un langage sévère à l'égard de Damas. L'arrestation du demi-frère de Saddam Hussein fin février ne lui a pas paru une coopération suffisante. "Ce que nous voulons des Syriens, c'est un effort maximum, pas un petit peu ici et un petit peu là."Les Syriens doivent faire "un effort maximum au sujet de l'insurrection irakienne, un effort maximum pour expulser les groupes palestiniens - terroristes - et un effort maximum pour se conformer à la résolution 1559" sur le Liban.

Interrogée sur le dangereux "vide"qui pourrait se développer au Liban après un éventuel retrait, Mme Rice a refusé de détailler l'éventuel déploiement d'une force internationale. Elle a estimé que la première étape était le retrait, la deuxième des élections "justes et libres"au printemps sous supervision internationale. Pour le reste, a-t-elle relevé, "la communauté internationale a appelé au retrait syrien". Le ministre russe des affaires étrangères Sergei Lavrov a ainsi déclaré à la BBC que "la Syrie devrait se retirer", mais qu'il fallait "procéder avec prudence".

La Maison Blanche, de son côté, a affirmé avoir "des preuves sérieuses" que, dans la préparation de l'attentat de Tel-Aviv du 25 février, "le Djihad islamique était impliqué, depuis Damas". Et son porte-parole a souligné que Washington voulait un retrait syrien du Liban, en "actes" plutôt qu'en "mots".

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Beyrouth et New York,03Mars2005
Mouna Naim et Corinne Lesnes
Le Monde